Oui, j'admets, j'ai menti. Mea Culpa.
Je vous annonçais avant-hier la parution simultanée de plusieurs articles, pour au final ne publier que le commentaire de l'autobiographie de Marianne Faithfull. Encore une fois, j'ai été rattrapée par le temps.
Voici donc la critique de « C'était notre terre », excellent roman de Mathieu Belezi.
« C'était notre terre », de Mathieu Belezi.
Récit à six voix, « C'était notre terre » emporte le lecteur loin, très loin, au dessus de la Méditerranée, par delà le désert brûlant, au domaine de Montaigne, là bas, en Algérie française.
Sur cette terre dérobée, arrachée, retournée, saccagée s'affrontent et se conjuguent six destins : le père, la mère, les deux filles, le fils et la servante.
Souffle à vos oreilles le murmure de l'intraitable Mme de Saint André, créature d'un autre temps, calée dans son fauteuil à oreilles, qui ressasse inlassablement les mêmes douloureux souvenirs, avec pour seule compagnie les morts, ceux qui ont fui Montaigne, les termites qui envahissent la maison et la vieille Fatima, plus bête que jamais.
Résonne dans les plaines le galop du cheval de Mr de Saint André, lorsque chaque soir il quittait la table familiale en sifflant un air d'opéra, pour aller goinfrer son corps de colon de tout ce que l'Algérie compte de putains divines et corrompues.
Cogne le cœur de Claudia, lorsqu'elle observe la voiture de l'homme qui l'a courtisée dans les rues d'Alger soulever enfin la poussière de la terre de Montaigne. Ses rêves de cadette ainsi réalisés se brisent contre la violence des Arabes, la réplique des colons, les jambes arrachées des femmes à la terrasse des cafés, la peur, la haine. L'exil, enfin.
Hurle la voix d'Antoine, le fils prodigue, qui s'oppose à la sale destinée de fils de colon qui l'attend. Révolté, il se heurte aux de Saint André, lui, censé se battre aux cotés des siens pour conserver cette Algérie à laquelle ils ont tout donné. Enragé, furieux, il se range aux cotés des traîtres et fabrique lui même les bombes qui sonneront le glas de l'Algérie Française.
Grincent les dents de Marie Claire, lorsque, engoncée dans son pantalon d'homme, les pensées impures l'assaillent et la ramènent vers l'étrange Arlette, au corps sensuel et interdit, dans cette Algérie dont elle déteste jusqu'à la poussière, l'odeur de terre sèche et brulée.
Enfin, craquent les os de la vieille Fatima quand elle frotte de ses mains noires le granit de l'entrée. Traitée moins bien qu'une chienne, moins bien que les fusils d'Ernest et le tableau du grand père de Saint André, la vieille kabyle, dont chacun ignore l'histoire, frissonne en attendant que les fellahs viennent les égorger et les violer, sa maitresse et elle-même, deux vieilles femmes aveugles et courbées, qui refusent de céder et de rendre leur Algérie.
Avec ce roman sublime et son style unique, Mathieu Belezi signe ici une inoubliable fresque sur l'Algérie. A lire et à relire.
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