Présentation

Mercredi 5 mai 2010 3 05 /05 /Mai /2010 10:59

Oui, j'admets, j'ai menti. Mea Culpa.

 

Je vous annonçais avant-hier la parution simultanée de plusieurs articles, pour au final ne publier que le commentaire de l'autobiographie de Marianne Faithfull. Encore une fois, j'ai été rattrapée par le temps.

 

Voici donc la critique de « C'était notre terre », excellent roman de Mathieu Belezi.

 

« C'était notre terre », de Mathieu Belezi.

 

http://www.decitre.fr/gi/39/9782253133339FS.gif

 

Récit à six voix, « C'était notre terre » emporte le lecteur loin, très loin, au dessus de la Méditerranée, par delà le désert brûlant, au domaine de Montaigne, là bas, en Algérie française.

Sur cette terre dérobée, arrachée, retournée, saccagée s'affrontent et se conjuguent six destins : le père, la mère, les deux filles, le fils et la servante.

 

Souffle à vos oreilles le murmure de l'intraitable Mme de Saint André, créature d'un autre temps, calée dans son fauteuil à oreilles, qui ressasse inlassablement les mêmes douloureux souvenirs, avec pour seule compagnie les morts, ceux qui ont fui Montaigne, les termites qui envahissent la maison et la vieille Fatima, plus bête que jamais.

 

Résonne dans les plaines le galop du cheval de Mr de Saint André, lorsque chaque soir il quittait la table familiale en sifflant un air d'opéra, pour aller goinfrer son corps de colon de tout ce que l'Algérie compte de putains divines et corrompues.

 

Cogne le cœur de Claudia, lorsqu'elle observe la voiture de l'homme qui l'a courtisée dans les rues d'Alger soulever enfin la poussière de la terre de Montaigne. Ses rêves de cadette ainsi réalisés se brisent contre la violence des Arabes, la réplique des colons, les jambes arrachées des femmes à la terrasse des cafés, la peur, la haine. L'exil, enfin.

 

Hurle la voix d'Antoine, le fils prodigue, qui s'oppose à la sale destinée de fils de colon qui l'attend. Révolté, il se heurte aux de Saint André, lui, censé se battre aux cotés des siens pour conserver cette Algérie à laquelle ils ont tout donné. Enragé, furieux, il se range aux cotés des traîtres et fabrique lui même les bombes qui sonneront le glas de l'Algérie Française.

 

Grincent les dents de Marie Claire, lorsque, engoncée dans son pantalon d'homme, les pensées impures l'assaillent et la ramènent vers l'étrange Arlette, au corps sensuel et interdit, dans cette Algérie dont elle déteste jusqu'à la poussière, l'odeur de terre sèche et brulée.

 

Enfin, craquent les os de la vieille Fatima quand elle frotte de ses mains noires le granit de l'entrée. Traitée moins bien qu'une chienne, moins bien que les fusils d'Ernest et le tableau du grand père de Saint André, la vieille kabyle, dont chacun ignore l'histoire, frissonne en attendant que les fellahs viennent les égorger et les violer, sa maitresse et elle-même, deux vieilles femmes aveugles et courbées, qui refusent de céder et de rendre leur Algérie.

 

Avec ce roman sublime et son style unique, Mathieu Belezi signe ici une inoubliable fresque sur l'Algérie. A lire et à relire.

 

Par Roxane Dévorelivre - Publié dans : Auteurs B ( Burger...) :
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 16:25


Encore et toujours en retard, je croule sous le travail et les activités.

Je vous assure que je lis toujours autant, si ce n'est plus, mais j'ai des difficultés à trouver le temps nécessaire pour rédiger commentaires et articles.

Je vous en propose donc plusieurs, aujourd'hui, d'un coup. Et toc !

 

Faithfull (autobiographie) :

 

images-copie-14.jpeg

 

J'avais choisi l'autobiographie de Marianne Faithfull lors d'une commande chez le bouquiniste du net, www.livrenpoche.com un peu au hasard.

 

Je connaissais bien sur son nom, quelques une de ses chansons mais n'avait aucune idée de ce qu'avait (et ce qu'est aujourd'hui, car Marianne n'a que 63 ans) été sa vie.

 

La belle Marianne est fille d'officier, et petite nièce de l'auteur autrichien de « La Vénus à la Fourrure », l'homme qui a donné son nom au masochisme. Rien que ça.

 

Lorsque ses parents divorcent, elle quitte Londres et vient s'installer avec Eva, sa mère, ancienne ballerine, à Reading. Marianne a alors 16 ans, et commence à se produire dans certains cafés où elle interprète des standards folk, comme ceux de Joan Baez et des ballades anglo-irlandaises.

 

En 1964, Marianne est alors agée de 18 ans. Elle rencontre Mick Jagger et Keith Richard, des Stones, qui lui écrivent « As Tear  Goes By ». C'est le début du succès pour cette blonde « Hip », qui enchainera les succès pop et sucrés, comme « Monday, Monday », « Summer Nights » ou « This little bird », et qui passera aux cotés des Stones plusieurs années. Elle devient une star en quelques semaines seulement.

 

Après des périodes sexe, fêtes et drogues dures, Marianne revient sur le devant de la scène avec le superbe album : Broken English, sorti en 1979 et qui tranche radicalement avec le style « Jolie-poupée-blonde-innocente » qu'elle véhiculait auparavant. La chanson « Why'd ya do it », salace et rock, est un régal quand on connait la douce voix de la Marianne de 18 ans.

 

Une vie mouvementée : des stars du rock, de la poudre, des morts, un enfant, des voyages spirituels, des shoots pour percevoir le monde autrement (ou tel qu'il est réellement), des rencontres avec Bob Dylan et Jimi Hendrix, des chansons écrites pour elle, des éclats de rires et des semaines sur un mur de Londres à attendre que l'héro ne fasse plus effet.

 

Cette autobiographie, rédigée avec l'aide d'une journaliste, est vraiment intéressante. L'on en apprend plus, de l'intérieur et sans voyeurisme, mais avec beaucoup d'humour, sur la vie d'une baby radio star, adulée à 18 ans, camée à 22, déchue à 30 et ramenée à la vie à 40.

 

Quelle femme, cette Marianne.

Par Roxane Dévorelivre - Publié dans : Auteurs F (Faulkner, Fitzgerald...) : - Communauté : La littérature au féminin
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 12:55

Encore grâce à Circul'Livre, et encore du Zweig. Parce que c'est beau, et parce que j'adore.

 

Réunies en un recueil, voici Amok, Lettre d'une inconnue et Ruelle au Clair de Lune de Stefan Zweig.

 

Comme toujours, c'est superbe : Zweig nous entraine dans le tourbillon des vies humaines, nous fait entrevoir les destins qui se cachent derrière chaque porte.


9782234010833FS

Résumé d'Amok :

 

L'Amok, en Malaisie, c'est l'esprit qui prend possession d'un corps et le détraque. L'Amok, c'est l'homme débraillé qui court nu dans les rues, un couteau à la main et les yeux fous. Celui devant lequel toutes les portes se ferment en tremblant. La fureur aveugle, la fièvre terrible.

 

Dans cette nouvelle, un médecin, raconte une étrange histoire au narrateur, alors qu'ils sont tous deux embarqués sur un bateau pour l'Europe, de retour des colonies. Ils ne se rencontrent que de nuit, ces hommes qui fuient (pour des raisons différentes) la présence bruyante et importune des autres passagers du cargo. Dans la chaleur étouffante et la lumière éclatante des étoiles, le docteur va raconter son étrange histoire.

 

Le médecin, embarqué pour la Malaisie, prend ses quartiers dans une station isolée, ravagée par la fièvre, l'ennui et l'humidité.

Seul au milieu des indigènes, il ressent un choc lorsqu'une femme blanche, la première qu'il aperçoit depuis des mois, vient lui rendre visite. Elle a, outre son impertinente beauté, cette attitude méprisante et hautaine qui caractérise les femmes dont le docteur raffole.

Elle a besoin de lui. Il veut qu'elle le supplie. Elle refuse, et éclate de rire, considérant comme ridicule qu'une femme comme elle, même dans le besoin, puisse s'humilier devant un homme comme lui.

Tourmenté, obsédé par cette femme, par le mépris qu'elle lui a manifesté et par ses propres réactions, le docteur la poursuit, à bicyclette dans la station dévorée par la fièvre. L'Amok a pris possession de lui. Il est trop tard.

 

Résumé de Lettre d'une inconnue :

 

Lorsque le narrateur, un écrivain voyageur, ouvre son courrier, il remarque une lettre, à la calligraphie soignée. Il la met de coté, préférant pour l'instant se consacrer à des affaires sérieuses. Lorsqu'il la reprend enfin...il découvre qu'elle provient d'une femme, qu'il a rencontré plusieurs fois et qu'il a toujours oublié. Aujourd'hui encore, son souvenir est flou.

 

Dans sa lettre, la femme, dont on ne sait le nom, pleure son enfant mort. Elle souhaite, avant que de se coucher près de lui, et de laisser la fièvre l'emporter elle aussi, révéler son secret.

 

Depuis toujours elle aime l'écrivain. Petite, elle passait son temps à l'observer et à rever de lui. Elle l'a aimé immédiatement. Elle lui raconte son emménagement dans sa rue, dans le faubourg, les quelques mots qu'il lui a glissé un jour, alors qu'elle n'était qu'une petite fille triste et chétive. La femme raconte comment, au fil des années, elle n'a toujours aimé que Lui ; elle lui explique de quelle façon se sont déroulées leurs rencontres, quelles ont été ses réactions, ses efforts pour le retrouver et qu'il la remarque enfin. Elle lui parle de l'Enfant mort, des roses blanches qu'elle envoyait anonymement à chaque anniversaire, de sa vie à elle, toute entière à Lui consacrée, amour parfait, cent fois idéalisé, mille fois rêvé. Cet amour secret, cultivé, adoré, qu'elle ne révèlera qu'après son décès, de peur de ne pas supporter un ultime rejet, un dernier oubli.

 

Résumé de Ruelle au Clair de Lune :

 

Le narrateur déambule, lors d'une escale, dans ce port semblable à mille autres.

 

Il prend plaisir à vagabonder dans le quartier du port, et à emprunter les ruelles mal famées, identiques à celles des autres grands ports, regorgeant de maisons louches aux volets clos.

 

Lors de sa promenade nocturne, il entend une mélodie allemande s'échapper d'une petite bâtisse. La bougie qui éclaire l'entrée et les tenues légères des femmes qui y sont assises l'informent rapidement sur la nature du lieu. La nostalgie de son pays natal l'emporta, et il entra dans cet endroit douteux, sans y penser.

 

Une femme s'installe avec lui, et apporte deux verres. C'est là que notre voyageur sera témoin d'une bien étrange scène : un homme, minable, chétif et grotesque, se fait violemment prendre à parti par la femme. Celui ci, loin de répondre à cette offense, semble se courber de plus en plus sous les quolibets acerbes de la prostituée.

 

Choqué, le narrateur préfère quitter les lieux, ne souhaitant pas assister plus longtemps à l'humiliation de cet homme.

 

Dehors, l'homme le rattrape et lui raconte son histoire, le suppliant de lui venir en aide : il faut qu'il aille parler à la femme à l'intérieur, et qu'il la lui ramène. Question de vie ou de mort.

 

Commentaire :

 

Encore une fois, Zweig nous fait découvrir, avec ces trois nouvelles, l'extraordinaire complexité de la nature humaine. Il nous rappelle que derrière chaque visage commun se cache une destinée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Roxane Dévorelivre - Publié dans : Auteurs Z (Zola...) :
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 12:19

Toujours dans le cadre de Circul'Livre, dont je vous ai parlé la semaine dernière, j'ai eu la chance de tomber sur Les Choses de la Vie, de Paul Guimard.


Mon père m'a dit qu'il existait une adaptation ciné très bien faite, réalisée par Claude Sautet, avec Piccoli et Romi Schneider. Je doute néanmoins qu'elle soit aussi réussie que ce roman.


images-copie-13.jpeg

Résumé des Choses de la Vie :


Pierre Delhommeau est avocat. Il a 44 ans, et roule sur la N13 en direction de Rennes au volant de sa MG, pour rejoindre un confrère.


Dans sa poche, une lettre écrite il y a plusieurs mois dans un moment de colère, et adressée à sa femme Hélène. Dans cette missive au lyrisme égoïste, Pierre lui annonce qu'il la quitte. Il fuit son intransigeance, sa façon toute personnelle d'essayer de faire coller la réalité à son propre point de vue, ses colères, son intolérance. Cette lettre ressemble aux petits mots qu'écrivent les enfants dans leur journal intime : « Je hais mon père et ma mère ».


Et puis... la colère tombe. Il ne quitte pas Hélène, mais conserve la lettre, sans vraiment savoir pourquoi.


Les pensées s'enchainent dans l'esprit de Pierre Delhommeau alors qu'il roule vite, mais pas trop, sur la nationale. Quel diner va lui servir son confrère ce soir ? A quelle heure a lieu la plaidoirie demain ? Quels ont été les mots d'Hélène à travers la vitre juste avant son départ ?


Lorsqu'il aperçoit la bétaillère devant lui, sur la droite de la route, et son conducteur rougeaux qui tente de la faire redémarrer, Pierre examine la situation. Il a le temps de passer sur le coté. S'il ne freine pas.


C'est sans compter le poids lourd qui déboule en face. Deux secondes, deux toutes petits secondes perdues et l'accident n'aurait jamais eu lieu .


Commentaire des Choses de la Vie :


L'enchainement brillant des points de vue, entre narrateur, victime, témoins de la scène rend poignant ce petit roman.


Les thèmes abordés, la mort, la renaissance, la fatalité, sont développés avec un talent rarement égalé.


Que feriez vous si demain vous connaissiez l'heure de votre mort ? Une fois le traditionnel retour sur votre vie passée, décideriez vous, comme Pierre, d'être un homme nouveau si Dieu (à condition qu'il existe) vous donnait une autre chance ? Essayeriez vous de réparer vos erreurs passées, de mieux profiter et jouir de l'existence ? Surement..mais méritez vous une autre chance ?


Une excellente lecture.

Par Roxane Dévorelivre - Publié dans : Auteurs G (Goethe,Giono, Gide...)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 17:59

Reçu dans le cadre du partenariat Le Livre de Poche, voici Vacance au pays perdu. Oui, oui, vacance, sans S.

http://a32.idata.over-blog.com/240x240/0/41/26/83/Dossier-Photos-2/vacance-au-pays-perdu.jpg

 

Résumé de Vacance au pays perdu :

 

Le narrateur dessine des emballages industriels. Il a des frissons à l'idée de toutes les saloperies techno-alimentaires qu'ils participe à faire vendre. D'ailleurs il ne lit jamais les infos nutritionnelles de peur de mourir d'une crise de tétanie.

Il est végétarien. Et angoissé.

Ses enfants consomment à eux seuls assez d'Eastpack, de gâteaux super sucrés et de figurines Disney pour être considérés comme de véritables mini-acteurs du capitalisme ambiant.

Sa femme lit, et ironise devant la crise existentielle de son époux.

 

Alors...il décide de partir. Bon, très bien, « décider » est peut être un bien grand mot. Disons, qu'il a besoin, pour sa santé mentale, de rompre quelques temps avec le système.

 

Il tape les mots « catastrophe touristique » sur le net. Le couperet tombe. Albanie. Il prend son cricri, un de ses amis avocats à la digestion perturbée sous le bras, et en route pour ce pays dont aucun forum ne parle sur le net.

 

Commentaire de Vacance au Pays perdu :

 

Hilarant ! Vraiment ! Lu d'une traite dans mon lit mercredi soir, avec une tisane et une cigarette qui fait rire. Le style de l'auteur, et les péripéties des personnages sont à se tordre. J'ai meme, fait rarissime, ri tout fort sous ma couette.

 

Je ne saurais trop vous recommander ce petit roman en ces temps de grisaille et de crise.

Par Roxane Dévorelivre - Publié dans : Auteurs S (Sartre, Steinbeck...) :
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 17:48

A Paris, il existe un dispositif qui s'appelle Circul'Livre.


Circul’Livre consiste à mettre gracieusement des livres (estampillés au logo de l’opération) à la disposition des habitants en leur demandant seulement de les remettre à leur tour en circulation après lecture. Ils peuvent pour cela soit les abandonner dans un lieu public, soit les rapporter à l’un des points de rencontre prévus. Les habitants sont également incités à déposer les romans dont ils souhaitent se débarrasser dans un de ces points de rencontre, afin d'alimenter le nombre de bouquins en circulation. Du troc !


Bref, j'en parle parce qu'il existe un point Circul'Livre dans l'association où je travaille. C'est par cet intermédiaire que je me suis procuré une vieille édition de J'irais cracher sur vos tombes, de Boris Vian.


J'étais persuadée de l'avoir déjà lu. Aucun doute possible. Et pourtant... Lu en une soirée, j'ai littéralement adoré ce roman. Caricature à peine déguisée des romans sur la ségrégation tels les Faulkner ou l'Enfant du Pays, de Richard Wright, J'irais cracher sur vos tombes est violent, rapide, et multiforme.


http://a21.idata.over-blog.com/240x240/0/11/65/64/challenge/j-irais-cracher-sur-vos-tombes.jpg


Résumé de J'irais cracher sur vos tombes :


Lee Andersen, 26 ans, une lettre de recommandation et un dollar en poche, débarque dans la petite ville de Buckton, Sud des États Unis. Il fuit sa ville natale, sur les conseils de son frère Tom, et s'apprête à démarrer une nouvelle vie, sans grand enthousiasme, en tant que libraire de Buckton.


Lee a un projet de vengeance secret. Pour les punir de ce qu'ils ont fait au gosse. Et leur faire payer à tous ce qui lui est arrivé. Lee est patient. Très patient.


Pour tromper son ennui, il reluque les Bobby soxers, ces adolescentes oisives qui passent leur temps à boire des grenadines au seul café des environs, leurs tétons pointant obstinément sous leurs pulls de mohair.


Finalement, il traine aussi avec la bande. Mi-ados mi-animaux, ils passent leur temps à baiser, boire, et conduire. Lee prend sa part. Largement. Et continue de méditer sa vengeance.


Commentaire de J'irais cracher sur vos tombes :


Si on lit J'irais cracher sur vos tombes plusieurs fois, il me semble que l'on verra à chaque lecture apparaître un point de vue différent. Le point de vue de Lee, si semblable au Bigger de Richard Wright avec un petit air de Bateman ; le point de vue désabusé de Dexter, celui si lubrique de Judy.


Ce livre, c'est un festival d'émotions. J'avoue avoir été successivement ennuyée, intriguée, excitée, dégoutée, échauffée, écœurée...


Un seul mot : Encore !


 




 



Par Roxane Dévorelivre - Publié dans : Auteurs V (Vian...) :
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 18:16

La semaine dernière, j'ai publié un extrait de "Ni d'Ève ni d'Adam" d'Amélie Nothomb, dans lequel l'auteure décrivait avec une incroyable justesse l'ivresse de la fuite. La lecture de ce passage m'a d'autant plus ravi que je cherchais depuis longtemps une façon d'exprimer ce sentiment confus qui m'étreint quand je pense à l a fuite, ou à l'éventualité de la fuite. Il est hélas rare d'entendre sa propre vérité sortir de la plume des auteurs. Ah, que ne suis-je-écrivain (sanglots)?  Bref, merci Amélie.

 

C'est alors que j'ouvris, pour une seconde lecture, 24 heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig. J'appris ici la vérité sur la passion. Magique...Plus merveilleux encore que lorsque je le lisais pour la première fois, il y a cinq ans.

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:JNLlgAwfcOe8qM:http://media.paperblog.fr/i/230/2302556/24-heures-vie-dune-femme-stefan-zweig-L-1.jpeg

 

 Résumé de 24 heures de la vie d'une femme :

 

Une conversation animée entre voyageurs dans un hôtel bourgeois : le narrateur défend avec une verve dont il s'ignorait capable, une des résidentes, de réputation honorable, qui s'est enfuie la veille avec un jeune homme, qu'elle ne connaissait pas vingt quatre heures auparavant.

 

Le jeune narrateur plaide pour cette femme égarée, envers et contre tous. Il ose prétendre qu'elle a le droit de céder à la folie, et qu'il est compréhensible qu'une femme saine d'esprit, abandonne famille et position pour suivre un inconnu.

 

Les autres convives, quant à eux, s'insurgent contre cette opinion que la morale juge déplacée. La conversation s'éteint peu à peu, sous les yeux attentifs et curieux de la vieille dame anglaise, restée silencieuse pendant cet échange animé. Cette résidente, discrète, distinguée et aimée de tous, viendra chercher auprès de lui la confirmation de l'opinion tant décriée, non sans une pointe de malice.

 

Lorsque quelques heures plus tard, le narrateur reçoit une invitation de la dame anglaise à lui rendre visite dans ses appartements pour entendre sa confession, celui-ci est désappointé. Et curieux. Qu'est ce que cette vieille femme aux yeux bleus, avec laquelle il n'a eu qu'une brève conversation peut elle bien vouloir lui confier ?

 

Commentaire de 24 heures de la vie d'une femme : 

 

Pas un mot de plus. Lisez et ressentez :

 

Et je sens de nouveau avec effroi quelle substance faible, misérable et lâche doit être ce que nous appelons, avec emphase, l'âme, l'esprit, le sentiment, la douleur, puisque tout cela, même à son plus haut paroxysme, est incapable de briser complètement le corps qui souffre, la chair torturée, puisque malgré tout, le sang continue de battre et que l'on survit à de telles heures, au lieu de mourir et de s'abattre, comme un arbre frappé par la foudre.

[...] Toute souffrance est lâche : elle recule devant la puissance du vouloir-vivre qui est ancrée plus fortement dans notre chair que toute la passion de la mort ne l'est dans notre esprit.

 

Publié dans : Auteurs Z (Zola...) :
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /Jan /2010 10:54

Je suis tombée folle d'Amélie avec Mercure et l'inimitable Stupeur et Tremblements. J'ai abandonné Nothomb après la déception des Catilinaires et des Combustibles.

 

Me revoilà emportée dans le tourbillon de cette auteure incongrue et généreuse grâce à l'excellent « Ni d'Ève ni d'Adam ».


images-copie-12

Résumé de « Ni d'Ève ni d'Adam » :

 

Seize ans après avoir quitté le Japon, Amélie entreprend ce voyage dont elle rêve depuis si longtemps.

 

Avec ses grandes jambes, elle avale la montagne et redécouvre le décor et l'esprit nippon, exaltée.

 

S'étant improvisée professeur de français, elle fait la rencontre de Rinri, un jeune étudiant japonais, qui l'initiera aux délices de la culture japonaise. De diners entre amis au cours duquel elle est la seule à faire la conversation, jusqu'à la rencontre avec les grands parents de Rinri, hilares devant ses jambes blanches, Amélie découvre et s'enthousiasme.

 

Lorsque Rinri la demande en mariage, utilisant une tournure de phrase négative et complexe, Amélie, éreintée, répond... et s'endort.

 

Commentaire de « Ni d'Ève ni d'Adam »:

 

« Il paraît qu'il est peu glorieux de fuir. Dommage, c'est tellement agréable. La fuite donne la plus formidable sensation de liberté qui se puisse éprouver. On se sent plus libre en fuyant que si l'on n'a rien à fuir. Le fuyard a les muscles des jambes en transe, la peau frémissante, les narines palpitantes, les yeux agrandis.

Le concept de liberté est un sujet rebattu dont les premiers mots me font bailler. L'expérience physique de la liberté, c'est autre chose. On devrait toujours avoir quelque chose à fuir, pour cultiver en soi cette possibilité merveilleuse. D'ailleurs, on a toujours quelque chose à fuir. Ne serait-ce que soi-même.

La bonne nouvelle, c'est que l'on peut échapper à soi-même. Ce que l'on fuit de soi, c'est la petite prison que la sédentarité installe n'importe où. On prend ses cliques et ses claques et on s'en va : le moi est tellement étonné qu'il oublie de jouer les geôliers. On peut se semer comme on sèmerait ses poursuivants. »

 

Cet extrait illustre parfaitement la virtuosité qui constelle ce roman. Je cherchais depuis longtemps à exprimer le sentiment d'excitation intense que me procure l'idée même de la fuite. C'est désormais chose fait grâce aux mots d'Amélie. Merci.

 

Ni d'Ève ni d'Adam est une lecture jubilatoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans : Auteurs N (Nothomb...)
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 11:10

Bonne année à tous les lecteurs et lectrices ! Que 2010 soit riche en aventures pour vous tous.

 

Commençons 2010 par un roman envoyé par le Livre de Poche (encore eux) dans le cadre de leur parrainage mensuel de blogueurs. Je suis on ne peut plus ravie de ce partenariat : depuis cet automne, je reçois chaque mois de la part de cette collection un livre à commenter et un livre en cadeau. Pour l'opération critique éclair d'Un Monde Sans Fin de Ken Follet, l'éditeur a promis trois livres cadeaux, et encore deux pour fêter la fin de l'année.

 

Bref, bientôt, plus besoin d'acheter de bouquins ! Merci donc au Livre de Poche, même si je suis souvent déçue par les romans qu'ils m'envoient à critiquer...comme celui-ci, le « Un millier de mensonges » de Laura Wilson. Heureusement, le livre cadeau associé est, quant à lui, excellent !


images-copie-10

Résumé d'Un Millier de Mensonges, de Laura Wilson :

 

Journaliste de talent, Amy vient de perdre sa mère, sans s'être réconciliée avec elle. Victime du syndrome de Munchausen, la mère d'Amy l'a drogué et empoisonnée pendant des années, pensant que cela ferait revenir son mari égaré. Jusqu'à sa mort, elle reprochera à sa fille de ne pas avoir su retenir ce père tant désiré.

 

Abattue, elle range l'appartement maternel, vide les placards, organise le déménagement. Lors de cette plongée au cœur même des souvenirs de sa mère, aujourd'hui disparue, Amy trouve un étrange journal intime, et quelques lettres oubliées au fond d'un tiroir.

 

Animée par son instinct de journaliste, et poussée par la curiosité, Amy mène l'enquête. Elle découvre alors l'histoire terrible d'une branche de sa famille, dont elle ignorait tout jusqu'alors. Amy apprend l'existence de la famille Shand : Leslie et Iris, les parents, et Sheila et Mo les deux filles.

Cette famille a fait la une des tabloïds il y a quelques années : Sheila, alors âgée d'une trentaine d'années a tué son père Leslie de deux coups de fusil dans la poitrine. Celui-ci faisait subir à sa famille depuis des années violences, coups, viols et intimidations. Elle a été acquittée.

 

Pourquoi la mère d'Amy n'a-t-elle pas tenté de les aider ? Qui lui a donné ce journal intime ? Mo ? Ou Sheila ? Pourquoi n'est elle pas intervenue ? Qui a mis le feu à la maison d'Amy la nuit dernière, et pourquoi ?

 

Amy est résolue à découvrir le secret des Shand. Fut-ce au péril de sa vie.

 

Commentaire d'  « Un millier de mensonges » :

 

Bof, bof...Comme un téléfilm, ou un épisode des experts, en moins trépidant, ce roman se laisse lire assez rapidement, mais ne marque pas les esprits.

 

Les personnages (le père violent, la mère fragile, les enfants cinglés) sont vraiment conventionnels ! Amy, surtout, l'héroïne de ce thriller, manque d'authenticité : Jeune, jolie, ayant connu des difficultés dans son enfance, mais courageuse et intrépide, elle ne travaille jamais et semble disposer d'un compte en banque bien garni. Loin d'être traumatisée par l'expérience vécue pendant son enfance, elle fonce avec enthousiasme dans une histoire de famille glauque et sordide.

 

C'est sans surprise que le lecteur assiste à son idylle avec le charmant voisin jardinier. Le lecteur averti aura d'ailleurs deviné, dès l'apparition de Charlie le paysagiste, qu'un jour il poserait « ses douces lèvres sur celle d'Amy en un baiser langoureux ». Berk.

 

Thriller insignifiant donc. Et ennuyeux. Passez votre chemin.

Publié dans : Auteurs W (Wilder, Warren...) :
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /Déc /2009 22:21

Le Livre de Poche proposait la semaine dernière un défi aux blogueuses : Lire et critiquer dans un délai assez court, le deuxième tome de l'épopée médiévale de Ken Follet, la suite des Piliers de la Terre : Un monde sans fin. Quelques mille quatre cent pages de combats à l'épée, de peste, d'amours contrariés et d'intrigues alambiquées m'attendaient.

Heureusement cette semaine j'ai pu profité d'assez nombreuses heures de lecture, notamment grâce à la grève des conducteurs sur la ligne A. Je vous salue, Messieurs, et au passage, je suis indignée par l'attitude méprisante du gouvernement à votre égard. Je regrette que vous ayez perdu votre combat, et autant de jours de salaire en ces temps de fêtes. Ça, c'est dit. Retournons à nos lectures. Ken Follet, donc. Un Monde Sans Fin.

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:LNipAr8C387kFM:http://www.manuscritdepommard.fr/actualite/un-monde-sans-fin.jpg

Résumé d'un monde sans fin :

 

Quelques générations après Aliéna et les autres héros des Piliers de la Terre, nous retrouvons la ville de Kingsbridge, son prieuré, ses marchands et ses paysans.

Quatre enfants partagèrent un jour un étrange secret, après qu'ils aient assisté à un règlement de compte dans la foret interdite. Ces quatre enfants, de condition sociale et de caractères différents accompagneront le lecteur tout au long du roman. Devenus adultes, ils devront affronter de nombreuses épreuves, et subir les revers du sort.

 

Les duels et les rancœurs, les luttes de pouvoir et la peste, l'obscurantisme et l'amour passioné jalonnent ce roman fleuve, dans l'exacte lignée du précédent tome.

 

Commentaire :

 

Mitigé. Pour dire vrai, j'ai eu l'impression de lire un remake des Piliers de la Terre, que j'avais néanmoins apprécié. Rien de vraiment neuf dans ce Ken Follet : les prêtres luttent toujours contre la puissance croissante des marchands; malgré les humiliations infligées, des femmes de faible condition vibrent d'amour, pour des bellâtres sans personnalité, les puissants sont malfaisants, et les travailleurs braves et courageux.

 

J'ai souvent eu l'occasion de vérifier, à l'exception près qu'est Belle du Seigneur d'Albert Cohen, la théorie selon laquelle plus une œuvre de fiction est longue, moins elle a de chance d'être talentueuse tout le long. C'est le cas une fois de plus avec Un Monde sans Fin. Agréable à lire la plupart du temps, le roman devient parfois pénible tant les issues trouvées par les héros à certaines situations sont sans surprise. Sans parler de la similitude parfois révoltante des personnages ou des événements.

 

Rien d'exceprtionnel donc dans ce deuxième volume. Je dirais même que Ken Follet se moque du monde.

Tome un : Le lecteur entre dans la vie de Jack le Bâtisseur roux qui se languit d'amour pour la caractérielle et inaccessible Aliéna, qu'il aime depuis l'enfance.

Tome deux : Merthin le rouquin, fasciné d'architecture et constructeur émérite n'a d'yeux que pour la belle et forte Caris, idéal féminin rebelle et audacieuse. Leur amour date également de l'enfance.

 

En résumé : la lecture reste plaisante... une fois la colère suscitée par le manque de renouvellement de l'auteur passé.

Publié dans : Auteurs F (Faulkner, Fitzgerald...) :
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés