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Mardi 2 décembre 2008

Le Premier Homme a été retrouvé dans la sacoche de Camus le jour du tragique accident au cours duquel il a trouvé la mort.

 

Premier volet de ce qui devait être une trilogie, il est un roman inachevé, truffé de notes de l’auteur, de fautes de construction, de références autobiographiques dont on suppose qu’il avait l’intention de se débarrasser à la réécriture. C’est précisément cet aspect brouillon et personnel de l’œuvre qui lui donne son caractère si précieux aujourd’hui : l’étude du Premier Homme, permet non seulement d’imaginer comment Albert Camus construit et travaille ses romans, mais donne également un aperçu de qui il était et de ce qu’il a vécu en tant qu’homme.

 

Plusieurs parties enchevêtrées : la naissance de Jacques, l’alter-ego de l’auteur, et son enfance dans sa famille en Algérie ; l’importance des études et des lettres pour servir des ambitions encore indéfinies mais qui comblent le besoin insatiable de savoir et de connaissance, la sensation de différence qui l’étreint lorsqu’il compare sa vie et sa famille au monde ; le père à jamais absent, dont personne ne veut parler, par pudeur, ou parce que les souvenirs se sont finalement effacés.

 

Un petit extrait pour le plaisir :

 

« Ah oui, la chaleur était terrible, et souvent elle rendait fou presque tout le monde, plus énervé de jour en jour et sans la force ni l’énergie de réagir, crier, insulter ou frapper, et l’énervement s’accumulait dans la chaleur elle-même, jusqu’à ce que, dans le quartier fauve et triste, de-ci de-là, il éclatât – comme ce jour où, rue de Lyon, presque à la lisière du quartier arabe que l’on appelait Marabout, autour du cimetière taillé dans la glaise rouge de la colline, Jacques vit sortir de la boutique poussiéreuse du coiffeur maure un Arabe, vêtu de bleu et la tête rasée, qui fit quelques pas sur le trottoir devant l’enfant, dans un étrange attitude, le corps penché en avant, la tête beaucoup plus en arrière qu’il ne semblait possible qu’elle soit, et en effet ce n’était pas possible. Le coiffeur, devenu fou en le rasant, avait tranché d’un seul coup de son long rasoir la gorge offerte, et l’autre n’avait rien senti sous le doux tranchant du sang qui l’asphyxiait, et il était sorti, courant comme un canard mal égorgé, pendant que le coiffeur, maitrisé immédiatement par les clients, hurlait terriblement – comme la chaleur elle-même pendant ces jours interminables. »

 

Une multitude de thèmes dans ce roman, qu’il est vraiment bon de connaître une fois que l’on a gouté à la plume de Camus. 

 

A recommander.

- Publié dans : Auteurs C (Cohen, Céline...)
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