Jeudi 11 décembre 2008
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16:56
Mon amie Karine prend des cours de théâtre depuis septembre, et c’est une joie tous
les mercredis, de l’entendre me raconter ses aventures de comédienne en herbe. La semaine dernière, elle devait choisir une tirade de la pièce de
Wajdi Mouawad « Forêts » et la déclamer devant son groupe. Elle me l’a auparavant récitée, et je l’ai trouvée absolument magnifique, bien
que quelque peu obscure, puisque je ne connaissais pas l’histoire.
Karine me prête donc hier cette pièce, « Forêts » afin que je puisse
éclaircir le mystère qui se cache sous la tirade. Je l’ai lue en quelques heures seulement, et j’en reste bouleversée. Voici en effet un exemple typique d’auteur moderne qui sait émouvoir mon
cœur, grâce à l’emploi de mots magiques, d’une poésie déconcertante, qui conte une histoire magnifique.
Merci Karine !
« Forêts » de Wajdi
Mouawad :
Loup a 16 ans, et sa mère Aimée vient de mourir. Lorsqu’elle était enceinte de sa fille, Aimée a découvert que, niché au fond de son crane, elle portait un morceau d’os de son jumeau, qu’elle aurait en quelque sorte dévoré lors de son
développement. Autour de ce jumeau est née une tumeur. Aimée fait le choix de ne pas se soigner, afin de pouvoir mener à terme sa grossesse, et donner
naissance à Loup.
Aimée a été abandonnée à la naissance, par Luce, sa mère, qui, pour tromper l’attente trop longue et douloureuse s’est
noyée dans l’alcool, le sexe et les prières. Depuis qu’elle est en âge d’observer le grand fleuve, Luce attend le retour de sa propre mère, Ludivine, qui a promis de venir la chercher. Ludivine a disparu, en
France, en 1944, le crâne fracassé par un marteau.
Sa mère Léonie, élevée et enfermée dans
un zoo, paradis perdu empoisonné au milieu d’une forêt des Ardennes veut briser le cercle qui la retient ici, et abandonne Ludivine en souhaitant pour
elle une vie meilleure. La mère de Léonie, Hélène, a attendu toute sa vie le retour de son demi frère
Edmond, qui jamais ne reviendra dans l’Eden contre-nature crée par leur père Albert. Toute sa vie,
Léonie tuera un à un les animaux du zoo, et jettera les carcasses à sa mère Hélène, retenue dans la fosse
des ours par le monstre difforme auquel elle a un jour donné naissance, frère jumeau de Léonie.
Et Loup dans tout ça ? Et Douglas, le « pantalogue » qui vient à sa
rencontre, la bouche pleine de questions, le crâne de Ludivine à la main ? Comment deviner qui est Loup dans un tel embrouillamini de noms et de destins funestes ? Comment pourra-t-elle
comprendre, pardonner, se définir et vivre enfin, sans le poids terrible des sacrifices et des erreurs effectuées des générations avant sa naissance ? Comment savoir qui sont Aimée, Luce,
Ludivine, Léonie, Helene, Odette ? Combien de femmes ont vécu et vivent en Loup ? Vies
sauvées, vies données, vies perdues…et Loup doit trouver son chemin.
Commentaire de « Forêts » :
J’espère que le résumé ne vous aura pas paru trop indigeste, malgré la multitude de
noms, de situations et de périodes qu’il contient. Car « Forêts » n’est pas une pièce de théâtre indigeste, loin le là. C’est un des plus
beaux textes qu’il m’est advenu d’avoir entre les mains.
Un écrit sur le sacrifice, sur l’amour, sur la folie et l’hérédité. Un livre qui nous
emmène aussi loin à l’intérieur de nous-mêmes qu’à la découverte de personnages à l’histoire et aux caractères hors du commun. Tant de destins racontés, enveloppés dans un sirop de mots, à la
fois doux et amer, tant il est question de beauté comme d’horreur, étroitement enlacés.
Monsieur Wajdi Mouawad, merci.
Merci infiniment.