Vendredi 9 janvier 2009
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Deux articles d’un coup pour fêter cette fin de semaine de reprise
éprouvante !
Tout d’abord, Risibles amours de mon cher Milan Kundera, qui vient officiellement d’entrer dans le club très select de mes écrivains préférés. J’avais
beaucoup aimé notamment La Lenteur, La plaisanterie ainsi que l’Insoutenable légèreté de l’être. Je le retrouve avec plaisir dans ce recueil de nouvelles, écrit en 1968 et déniché pour 2€ sur www.livrenpoche.com !
On a beaucoup entendu parler de l’écrivain dans la presse ces derniers temps : il
est accusé par le magasine tchèque « Respekt » d’avoir dénoncé un de ces compatriotes, enrôlé par les services secrets occidentaux, à la police communiste de l’époque. Le jeune homme en
question a purgé 14 ans de prison, à la suite de cette dénonciation. Cette information, publiée dans la presse internationale, a fait sortir l’écrivain tchèque du silence dans lequel il s’est
refugié voilà plusieurs années déjà. Milan Kundera a vivement démenti cette accusation, attestant qu’il
ne connaissait pas le jeune homme et expliquant qu’il ne comprenait pas comment son nom s’est retrouvé mêlé à cette affaire sordide.
Risibles amours de Kundera :
Ce recueil est composé de sept nouvelles : Personne ne va rire, La Pomme d’or de l’éternel désir, Le Jeu de l’auto-stop, Le Colloque, Que les vieux morts cèdent la
place aux jeunes morts, Le Docteur Hazel vingt ans plus tard, et Edouard et
Dieu.
Je ne résumerai qu’une seule de ces nouvelles, et de loin ma préférée : Le jeu de
l’auto-stop.
Un jeune couple a enfin la possibilité de partir en vacances. Sous le régime
communiste tchécoslovaque, les chambres d’hôtels se réservent des mois à l’avance, et nécessitent un tas de formalités administratives. Mais, enfin, le couple se met en route pour Tatras. Dans
l’auto, leur conversation se porte sur les nombreuses pannes d’essence que le couple a connu depuis leur rencontre, il y un an. La jeune fille se plaint d’être, à chaque fois que cela
arrive, obligée de faire de l’autostop seule jusqu’à la prochaine station service, et de devoir subir les assauts des conducteurs qui l’y déposent. Elle s’inquiète également du nombre
d’autostoppeuses que son ami a du emmener dans sa vie, alors qu’il est seul en voiture. Au terme de cette conversation, la station service tant désirée est enfin en vue. Pendant que son ami fait
le plein, la jeune fille s’éclipse discrètement pour assouvir un besoin…pressant. C’est cette discrétion, cette pudeur, cette pureté qui plait surtout au jeune homme. Cela rend à ses yeux la
jeune fille unique et adorable.
Il remonte dans son auto et se dirige vers la sortie de la station. Pour plaisanter,
la jeune fille, sortie du sous bois, se place au bord de la route, et fait mine d’être une autostoppeuse. Son ami s’arrête, la fait monter dans le véhicule. Le jeu commence.
Un jeu pendant lequel, la jeune fille, si pudique et réservée, engoncée dans ce corps
de femme qui la gêne et lui fait honte d’habitude, décide d’être l’autostoppeuse libérée et aguicheuse, le type de femme qu’elle pense que son ami apprécie et dont elle jalouse l’assurance
et l’audace.
Au début, le jeu amuse le jeune homme, surpris que son amie s’y prête avec tant de
bonne volonté. Mais la femme, dans le corps de cette autostoppeuse inconnue, se transforme… Elle devient l’archétype des filles que déteste le jeune homme : manipulatrice, changeante,
superficielle. « Il s’était toujours dit que la jeune fille n’avait de réalité que dans les limites de la fidélité et de la pureté, et qu’au-delà de
ces limites, elle n’existait tout simplement pas ». Il voit toujours son amie dans l’autostoppeuse inconnue, alors que la jeune fille, libérée d’elle-même dans ce rôle de séductrice,
prend de plus en plus d’assurance et devient ce qu’elle a toujours rêvé d’être : une Femme, fatale et affriolante.
Je résiste à grand peine à la tentation de vous raconter la fin…
Cette nouvelle est une des plus abouties que j’ai eu l’occasion de lire. Les thèmes de
la dualité, de la honte, du reflet de notre propre image, du mensonge et des préjugés que l’on porte sans nous en rendre compte sur les personnes qu’on aime, éveille en moi des sentiments très
forts. Ces sujets sont évoqués avec subtilité et précision et enveloppés de poésie. C’est grandiose !
Milan, du fond de votre retraite tchèque dont vous ne sortez jamais, je vous A-DO-RE !!
Ps : évidemment les autres nouvelles valent le coup, notamment « Personne ne va rire », qui me fait penser un peu à « La Plaisanterie » et « Le colloque », qui est à mourir de rire…ou à pleurer, selon les passages.
A recommander chaudement.