Avec la reprise du travail, j'ai enfin repris le goût de dévorer roman, revues, exposés historiques à la chaine, grâce aux deux heures de transports quotidiennes consacrées exclusivement à la lecture.
Du coup, je suis (oui, encore !) en retard sur mes critiques. Très en retard, même. J'ai lu, dans le désordre : deux Agatha Christie en VO, trois recueils de nouvelles (respectivement allemand, italien et français), Rosemary's Baby, le premier roman d'Albertine Sarrazin, un roman envoyé par Le Livre de Poche, ainsi qu'une anthropologie historique sur les évènements sanglants du métro Charonne en 1962.
Autant vous dire que j'ai du boulot à rattraper ! Commençons donc par l'excellent « Palestine » d'Hubert Haddad, reçu en cadeau dans le cadre d'un partenariat avec Le Livre de Poche. Lauréat du prix Renaudot de poche 2009, cette œuvre splendide et dérangeante mérite largement une telle récompense.
Résumé de Palestine, d'Hubert Haddad :
Le première classe Cham, jeune soldat israélien, vient d'obtenir la permission tant attendue. Il tente en même temps d'effectuer des démarches auprès de ses supérieurs, car on lui a dérobé ses papiers d'identité, hier, dans la vieille ville : en vain. Las, Cham regarde le car pour Tel Aviv s'éloigner dans un torrent de poussière, sans lui, l'astreignant à rester une journée de plus près du poste central de sécurité. Pour tromper son ennui, il patrouille avec l'adjudant Tsvi, et observe en soupirant la barrière métallique dont ils ont la garde.
C'est alors que l'adjudant Tsvi vacille, et chute lourdement sur le sable, une crête de sang lui recouvrant le crane. Cham est assommé, emmené, kidnappé. Des heures qui suivent , il ne se souviendra que d'odeur de charogne, de la lueur des cigarettes de ses ravisseurs dans le noir, d'éclats de voix...
Lorsqu'il se réveille à nouveau, il est couché, un vieux médecin arabe penché au dessus de lui. Il ne se souvient plus, il souffre, il est désorienté. Dans cette petite maison sur les flancs de la montagne, Amahane, vieille femme aveugle et sa fille Falastin, vont cacher et soigner cet inconnu, malgré le danger qui rode dehors.
Les yeux noirs et profonds de Falastin, son corps gracieux et frêle, qu'elle s'évertue ingénument à faire disparaître chaque jour un peu plus, seront l'unique bouée de secours de Cham, rebaptisé Nassim, puisqu'il ressemble tant à ce fils et ce frère disparu et chéri.
Perdu de l'autre coté, dans les territoires occupés, Cham/Nassim apprend la violence des check points, devient de fait un arabe, malmené, oppressé, affamé, vengeur. Par désespoir...
Commentaire :
Poétique et grandiose, Palestine d'Hubert Haddad mérite amplement la récompense littéraire reçue cette année. L'auteur, grâce à ce récit « de l'intérieur » insiste sur la dimension humaine du conflit, appuie de toutes ses forces sur le point de douleur qu'il génère.
Héroïne moderne, incarnation de toutes les femmes actrices de la tragédie qu'est cette guerre, Falatin est un personnage écorché, lacéré, mais qui respire, vivante malgré tout, sous les décombres du passé, et dans les ténèbres opaques qui sont l'avenir de la Cisjordanie.
Un grand roman.
